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EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélies, toutes les semaines (ou presque) et d'autres réflexions, quand je peux!

EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélie du 14ème dimanche du Temps Ordinaire │Année B │2018

Lorsque j’ai lu l’évangile de ce dimanche, je n’ai pas pu m’empêcher de faire un lien, ou plutôt de le comparer avec celui de dimanche dernier. Nous avons été témoins, dimanche, de ses deux miracles de Jésus face à la demande de Jaïre pour sa fille et face à cette femme malade qui vient toucher ses vêtements. Aujourd’hui, l’évangile nous donne une toute autre réalité : Jésus est chez lui, dans son propre village, il s’étonne du manque de foi de ceux qui le connaissent. Et il nous dit cette parole : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Jésus fait ce constat après la réaction de ceux qui l’ont entendu enseigner dans la synagogue.

Jésus donne à entendre qu’il se définit lui-même comme prophète. Nous savons bien qu’il est beaucoup plus que ça. Le prophète est appelé pour, essentiellement, trois choses : dénoncer, annoncer et encourager. Il dénonce les injustices vis-à-vis du peuple, mais aussi vis-à-vis de Dieu. Il annonce la fidélité de Dieu pour son peuple, même si celui-ci se détourne de lui et il encourage le peuple à revenir vers le Seigneur. Le prophète est celui qui dénonce ce désir de toute puissance qui nous détourne de ce qui est bon, juste et vrai. Cela étant dit, en quoi ça nous concerne ?

Par notre baptême nous sommes, chacun de nous, devenu prophète (prêtre et roi). Nous sommes appelés, nous aussi, à vivre ces 3 dimensions du être prophète, c’est-à-dire, dénoncer les injustices, annoncer la Bonne Nouvelle et encourager ceux qui sont fatigués, découragés. Dénoncer les injustices ce n’est pas partir en croisade, mais c’est être capable de rappeler ce qui est bon, ce qui est juste, ce qui est vrai. Pas seulement sur des grands sujets de débats, mais dans notre quotidien, vis-à-vis de ceux qui sont exclues, mis de côtés, vis-à-vis des petites injustices dont nous sommes témoins dans le quotidien. Annoncer la bonne nouvelle c’est avoir un témoignage authentique. Témoigner que la présence de Dieu dans notre vie change notre regard sur les autres, sur le monde et témoigner de l’espérance qui nous anime. S’il y a tant de gens qui doutent, qui ne voient pas l’importance de Dieu ni de la foi, c’est peut-être parce que nous ne sommes pas assez prophètes pour le temps moderne. Autrement dit, nous ne témoignons peut-être pas assez que Dieu agit dans notre quotidien. Et qu’il nous transforme. Etre prophète c’est oser accepter nos propres fragilités et entendre de Dieu cette parole : ta fragilité, ta faiblesse, ne m’empêchent pas de t’aimer ni de faire de toi mon disciple. « Ma grâce te suffit. » Etre prophète ce n’est pas être le plus fort mais c’est reconnaitre que « lorsque je suis faible c’est alors que je suis fort » car c’est parce que je dispose mon cœur que le Seigneur peut alors agir.

Si Jésus ne peut pas faire plus de miracle que ça dans son propre village c’est certainement parce que les habitants ne lui donnent pas une place. Ils savent d’où il vient mais ils ne savent pas qui il est. Ils croient connaître Jésus parce qu’ils connaissent sa famille, mais en réalité, ils ne le connaissent pas. Connaitre quelqu’un c’est entrer dans une relation profonde avec lui. Connaitre quelqu’un c’est être capable de l’écouter. Connaitre quelqu’un c’est lui donner une véritable place. Cela va de même pour le Christ. Le connaitre c’est pouvoir lui donner une place. Et c’est parce qu’il a une place dans notre vie, qu’il peut agir. Si Jésus n’a pas pu faire plus de miracle chez lui c’est parce qu’on lui avait octroyé sa place. Et le prophète, lui, est celui qui nous rappelle quelle est la place de Dieu. Je dirais même plus, le prophète est celui qui nous rappelle que Dieu a une place dans notre vie ! Mais pour qu’il occupe cette place, nous sommes obligés de reconnaître que nous avons besoin de lui, donc, nous sommes obligés de reconnaitre que nous ne sommes pas « tout-puissants », que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, nous sommes obligés de reconnaitre nos propres faiblesses. Et c’est à ce moment-là que Dieu peut alors agir. Reconnaitre ses faiblesses ce n’est pas être faible. Au contraire. Reconnaitre ses faiblesses et les accepter, c’est se reconnaitre pleinement humain ! Et ce n’est que lorsque nous nous reconnaissons pleinement humain que Dieu peut alors trouver sa place de Dieu dans notre vie !

Que nous puissions faire de cette parole de Paul notre propre parole : « C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. » Et ainsi entendre du Christ « ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. »

(Ez 2, 2-5 ; Ps 122 ; 2Cor 12, 7-10 ; Mc 6, 1-6)

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