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EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélies, toutes les semaines (ou presque) et d'autres réflexions, quand je peux!

EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélie pour la solennité de la Toussaint │Année B│2018

Qu’entendez-vous lorsque vous entendez le mot heureux dans ce passage d’évangile ? Spontanément nous pensons à « tu en a de la chance », « c’est bien », « qu’est-ce que tu es gâté » … parce que, de toute manière, il s’agit ici bel et bien de bonheur !

Moi je me demande si Jésus voulait vraiment dire « qu’est-ce que tu en a de la chance de pleurer, car tu seras consolé. » Je le vois mal faire une apologie de la souffrance alors qu’il a passé sa vie sur la terre à guérir, consoler et aider ceux qui avaient besoin. Bien sûr, lorsque nous entendons le mot heureux avec nos oreilles d’hommes et des femmes du 21ème siècle, c’est plutôt dans le sens de ‘tu en a de la chance’ que nous l’entendons. Mais ceux qui écoutaient Jésus, qui connaissaient bien les mots et les termes de l’Ancien Testament, ce n’est pas cela qu’ils entendaient, mais plutôt un appel à entrer dans l’Espérance. Les Béatitudes sont une invitation à tenir bon, à persévérer, à ne pas se décourager et continuer notre marche avec le Seigneur. Continuer cette marche qui a pour but la rencontre ultime avec Lui.

Je voudrais que nous nous arrêtions sur la première des Béatitudes, qui est, quelque part, la porte de toutes les autres : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. »  Être pauvre, nous le savons, c’est avoir besoin de quelque chose, matérielle ou pas. Jésus s’adressait aux foules qui étaient là, autour de lui. Certainement, des pauvres. Mais, nous pouvons être des pauvres avec un esprit de riche, dans le sens péjoratif de l’expression ! Comme nous pouvons être des riches avec un esprit de pauvre, dans le bon sens du terme. Je veux dire par là, que nous pouvons nous considérer comblés, sans avoir besoin de rien ni de personne. Et là, nous n’avons pas un cœur de pauvre, mais plutôt un cœur auto-suffisant. Nous sommes enfermés dans nos égoïsmes et dans nos individualismes. Mais nous pouvons aussi reconnaître que nous sommes dans le besoin. Le besoin d’apprendre à aimer, à se donner, à recevoir.

Et pourquoi il est heureux d’être pauvre de cœur ? Parce qu’« être pauvre de cœur, c’est cela la sainteté. » (Pape François, la joie et l'allégresse) C’est-à-dire, c’est savoir dépendre de Dieu. C’est permettre à Dieu d’être Dieu dans nos vies. C’est lui donner une place importante, la première place, car nous savons que sans lui nous ne pouvons rien faire. Être pauvre de cœur n’est pas un signe de faiblesse ni de fragilité aux yeux de Dieu, mais un signe de confiance car c’est la reconnaissance que Dieu est notre refuge, notre force. C’est savoir se tourner vers le Seigneur pour lui dire : aie compassion de moi ! C’est porter les uns et les autres dans nos prières et par notre attitude de bienveillance indiquer que nous faisons partie d’un seul et même corps. Être pauvre de cœur c’est avoir, de manière ajustée et féconde, une ouverture de cœur.

C’est-à-dire, être capables de quitter nos égoïsmes, nos individualismes et nos préjugés pour entrer dans une démarche d’unité, de persévérance et de vie ! Et c’est pour cela que cette béatitude est la porte de toutes les autres. Car sans un cœur simple, qui ne soit pas capable d’être compatissant, qui ne soit pas capable de se réjouir de la joie des autres, sans un cœur qui n’est pas capable de donner à Dieu la première place, nous ne pouvons pas entendre de Dieu « tiens bon mon enfant ! Tu n’es pas seul. » Sans être pauvre de cœur nous ne pouvons pas compter sur les autres ni sur Dieu. Car nous sommes enfermés dans nos certitudes et nos idéologies, nous faisons cavalier seul, alors que nous sommes appelés à marcher avec une multitude qui traverse l’épreuve dans la confiance que Dieu accompli toujours ses promesses. Être pauvre de cœur c’est assumer notre condition d’être humain fragile, appelés à l’amour, assoiffés de plénitude, et ouvrir notre cœur à l’action aimante et vivifiante de Dieu, qui donne sens à notre existence.

Invoquons nos amis, les saints, ceux qui nous ont précédés, ceux qui intercèdent pour nous, ceux qui ont sût vivre avec un cœur de pauvre capable d’accueillir l’amour de Dieu, sa volonté et sa miséricorde. Ceux qui ont été capables de reconnaître que tout est don, mais pour que le don soit porteur de fruit, il est nécessaire qu’il soit reçu, accueilli. Accueillons donc le don de l’amour de Dieu dans nos vies. Et ayons l’audace et le courage de vouloir être saints ! De vouloir être pauvre de cœur. Ayons l’audace et le courage de laisser la grâce de notre baptême porter du fruit dans un chemin de sainteté. Ayons l’audace et le courage de nous regarder les uns et les autres avec action de grâce, avec gratitude, pour appartenir à un peuple qui veut marcher à la suite du Christ. Un peuple capable de s’encourager, d’avancer ensemble. Un peuple capable d’être fier d’appartenir au projet d’amour de Dieu. C’est aussi dans les relations que nous avons les uns avec les autres que Dieu se manifeste. Ayons donc un cœur capable, comme les saints, de recevoir de Dieu tout ce qu’il a à nous donner.

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. »

(Ap 7, 2-4.9-14 ; Ps 23 ; 1Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a)

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