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EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélies, toutes les semaines (ou presque) et d'autres réflexions, quand je peux!

EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélie pour le Jeudi Saint |Année C |2019

Dans la liturgie d’aujourd’hui, chaque texte, chaque geste, sont essentiels pour entrer dans le mystère pascal. Nous sommes comme dans un tableau à trois parties, chaque partie est importante pour comprendre le tout et s’il en manque un, l’histoire reste inachevée. « C’est la Pâque du Seigneur. » Et la pâque du Seigneur c’est son passage dans notre vie, dans notre histoire. C’est aussi notre Pâque, à chacun de nous. Pendant tout le carême nous nous sommes encouragés et nous nous sommes invités à vivre la conversion. Le chemin de la conversion c’est un chemin pascal. Qui dit chemin pascal dit le passage de la mort à une résurrection.

Ce soir nous contemplons davantage les mystères de l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle. L’Eglise vit de l’Eucharistie qui est la source et le sommet de toute vie chrétienne. Et elle en est la source et le sommet parce qu’elle est le Christ lui-même qui se donne. Notre foi en l’Eucharistie est intimement liée à notre foi en Jésus Christ. Qui est-il pour nous ? Un homme extraordinaire ou Dieu qui se donne ? L’Eucharistie nous ouvre au mystère insondable de la vie donnée ! Ce mystère qui donne sens au sacerdoce ministériel.

Mais la nuit même où le Seigneur a institué l’Eucharistie il a posé ce geste déroutant du lavement des pieds. Ce geste qui a troublé Pierre et qui peut nous troubler nous aussi. Il l’a fait pour nous rappeler que ce que nous recevons, son corps, doit nous transformer profondément jusqu’au point que nous soyons capables de nous donner nous-mêmes à notre tour. Et que nous devenions ainsi ce corps qui est l’Eglise. L’Eglise que nous formons. Le Christ est la tête, et nous sommes le corps ! Et parfois, le corps est bien fragile !

Aujourd’hui le corps que nous formons montre un visage défiguré, blessé, discrédité, à cause des actes diaboliques qui sont posés par certains de ses membres. Mais ce visage-là, est une partie du visage humain de cette Eglise que nous aimons. Ce soir, contemplons aussi le visage divin de cette même Eglise. Ce visage divin qui se donne à voir dans les pauvres, et par ceux qui sont disciples de Jésus, par ceux qui posent des gestes de vie. Ce visage divin dont l’incarnation passe par nos mains, passe par nos actes et nos gestes. Ce visage divin, qui n’est autre que le visage du Christ, auquel, par l’ordination presbytérale, nous les prêtres, sommes configurés d’une manière toute particulière. Nous sommes, chacun de nous, évêques, prêtres, diacres, laïques, religieux, religieuses… nous sommes chacun, avec la mission et la vocation qui est la notre, nous sommes responsables de l’Eglise. Nous formons l’Eglise. Nous sommes l’Eglise ! Et quel visage de cette Eglise voulons-nous montrer ?

« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » Et c’est parce qu’il nous aime, qu’il nous a laissé le sacrement de son corps, sa présence réelle. Mais nous pouvons, parfois, recevoir le Christ, parler du Christ, connaître le Christ et ne pas vivre du Christ. Car vivre du Christ c’est s’abaisser pour servir. C’est se lever pour défendre. C’est poser des gestes qui engendrent la vie. Nous sommes bien fragiles, nous le savons, et c’est pour cela que nous avons besoin de nous mettre sous le regard du Christ pour être témoins de l’Espérance dans le désespoir et passeurs de vie dans les lieux où la mort insiste à se faire présente. Nous avons besoin du corps du Christ que nous formons. Nous avons besoin des uns et des autres pour continuer notre marche. Nous avons besoin de cette famille que nous formons pour vivre notre foi.

Tout à l’heure vous allez revoir, encore une fois, ce geste du lavement des pieds. Ce n’est pas simplement un geste mais le rappel que nous sommes appelés, chacun, à reconnaitre notre petitesse, notre fragilité. Et considérer que sans le Christ, notre vie tombe en ruine. Et avec Lui nous pouvons poser des gestes qui sauvent, qui relèvent et qui libèrent. Et si nous nous sentons, bien souvent, indignes, car nous le sommes, Lui, il nous rappelle que son amour est inconditionnel pour chacun de nous. Se mettre au service, ce n’est pas simplement rendre service. Mais c’est entrer dans une dynamique du don qui nous transforme.

Entrons dans l’Espérance, mais une Espérance responsable ! Soyons dans l’amour, mais un amour ajusté ! Ayons l’audace de vivre notre foi, une foi renouvelée par la rencontre avec le Seigneur. Aidons-nous les uns les autres à avoir part avec le Christ. Car c’est là le but de notre foi : avoir part avec le Seigneur. Soyons véritablement et ensemble, l’Eglise de Jésus Christ ! Cette Eglise qui se nourrit de son corps et de sa Parole, cette Eglise qui sert. Laissons notre humanité être envahie par la divinité de ce Jésus qui nous demande de nous aimer les uns et les autres.

(Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15)

Photo: Le lavement des pieds. Arcabas-1926

 

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