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EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélies, toutes les semaines (ou presque) et d'autres réflexions, quand je peux!

EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélie pour le 3ème dimanche de l’Avent | Année B | 2020.21

Je ne sais pas si vous avez vu l’animation Disney « Vice-versa », sortie en 2015. Dans l’histoire, nous sommes dans la tête de la petite Riley, qui a 11 ans. Dans le « quartier général » nous voyons à l’œuvre 5 émotions : la joie, la peur, la tristesse, le dégoût et la colère. Alors que chacune tente de s’exprimer, dame joie pose presque un interdit. On n’a pas le droit d’être triste, on ne peut pas être en colère, ni avoir peur, encore moins… de dégout ! Pour la « joie », le monde est beau, la vie est belle… et tout vas bien ! Chaque souvenir de la petite Riley devient une espèce de perle qui est envoyée dans un centre de stockage. Seule la joie se donne le droit de les toucher, autrement, si une autre émotion touche le souvenir, il ne sera plus seulement « joyeux. » En d’autres termes, la joie est un peu tyrannique. Jusqu’au jour où un accident arrive et la joie se trouve coincée avec la tristesse dans le centre de stockage. Et là commence la vraie aventure. Ils découvrent peu à peu que le fait de ressentir d’autres émotions et de les laisser s’exprimer, ne mets pas en danger la « joie » de la petite Riley. Au contraire, sa joie devient plus authentique, plus profonde, plus enracinée. Et pourquoi ? Parce qu’elle est en contact avec le réel ! Ce qui est vrai ! Ok, et nous dans tout ça ?

Parfois, il y a quelque chose qui me dérange lorsque nous parlons de la joie dans le milieu chrétien. Surtout lorsque nous nous réclamons de cette phrase de saint Paul (retirée de son contexte) : « soyez toujours joyeux. » Ce qui me dérange, bien évidemment, ce n’est pas le fait que nous soyons « joyeux », cela est une bonne chose. Mais ce sont les dérives qui existent dans l’interprétation de cette parole, qui est, dans ce cas-là, un commandement. Nous sommes, parfois, comme le personnage de l’animation de laquelle je viens de vous parler.

La première chose qui me dérange c’est lorsque nous confondons joie avec excitation. La limite entre la manifestation de la joie et l’excitation est très mince. Et en même temps, dangereuse. Je me méfie toujours d’un chrétien qui ne prends jamais en compte la dimension de la passion dans la vie terrestre de Jésus et qui ne « jure » que par la résurrection. Ce qui me fait aborder la deuxième chose qui me dérange dans la vision de certains sur la joie chrétienne : le fait qu’ils présentent cette joie comme une joie où la tristesse ou les difficultés sont maquillées, cachées, détournées.

Avant « vice-versa », saint Paul nous avait déjà dit cela. Il nous a dit, oui, « soyez toujours dans la joie » mais ce commandement est accompagné d’un autre « priez sans relâche. » Voilà donc ce qui nous permet d’avoir une joie réelle, enracinée, authentique. Puisque si nous prions, et si nous nous laissons toucher, notre prière nous enracine dans le réel avec ce qu’il a de propre. Nous sommes rassurés par la joie qui nous vient de Dieu (puisque nous nous savons profondément aimés et sauvés par lui) et en même temps, nous nous laissons toucher par ce que nous vivons, par ceux qui vivent les autres, par ce qui traverse le monde. Et, en nous laissons toucher dans tout notre être, nous pourrons alors vivre ou essayer de vivre cette parole du prophète : « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi… Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération… Car il m’a vêtu des vêtements du salut. » Ces vêtements du salut nous est donné par le baptême. Et le baptême nous immerge dans cette famille chrétienne à la suite du Christ. Ainsi, il ne s’agit pas de maquiller la vie pour essayer de n’avoir que des souvenirs joyeux, mais il s’agit de prendre la vie au sérieux, avec ses joies et ses drames et entrer dans la véritable joie, celle qui vient de Dieu et qui nous invite à aller vers, comme Marie, après l’annonce de l’ange.

Le magnificat de Marie est un cri de joie composé de ce que l’humanité traverse aussi en ce qui concerne ses peurs, ses tristesses, ses dégouts, ses colères. C’est donc une joie enracinée, transformée.

La question que nous pouvons nous demander ce soir est double : 1. Par le baptême nous devenons des disciples, quel genre de disciple suis-je ? Est-ce que je suis comme Jean qui annonce l’Agneau de Dieu avec simplicité et humilité en reconnaissant qu’il est plus grand que lui ? Ou plutôt le disciple qui nage dans l’océan de son propre nombril pour faire de l’Eglise, du monde, du groupe auquel j’appartiens, quelque chose qui me convient, qui me ressemble, tant pis pour ceux qui restent au bord du chemin ? 2. Quelle joie m’anime au quotidien ? Celle qui est traversée par la prière, et donc, qui accueille les personnes, les évènements et la vie avec réalisme et ses parts de morts et de résurrection, ou plutôt, une joie qui veut à tout pris maquiller la réalité par crainte de ne pas être comme les autres ?

Dans tous les cas, ce qui nous est demandé c’est d’avoir une joie authentique et non indifférente. Une joie enracinée dans le Christ, et non basé sur le « m’as-tu vu » : je suis un bon chrétien puisque je souris toujours. Une joie qui vient de l’évènement le plus dingue de l’histoire : celui d’un Dieu qui se fait petit enfant et né dans la pauvreté. D’un Dieu qui est persécuté et rejeté. D’un Dieu qui est cloué sur la croix. Et c’est parce que ce chemin est traversé par Dieu lui-même, que nous pouvons entrer dans la joie authentique de la Résurrection, d’une nouvelle naissance.

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