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EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélies, toutes les semaines (ou presque) et d'autres réflexions, quand je peux!

EL PADRE - le blog du père Emmanuel

Homélie du 17ème dimanche du Temps Ordinaire | Année C | 2019

Lorsque je suis arrivée en France, je ne parlais pas le français. Les seuls mots que je connaissais c’étaient « oui » et « non ». C’est déjà pas mal pour commencer, mais pas assez pour y rester. J’ai commencé donc à l’apprendre et je devais me répéter plusieurs fois par jour un nouveau mot pour l’intégrer, savoir l’employer et surtout, ne pas l’oublier. Quel rapport avec la liturgie d’aujourd’hui ? La prière du Notre Père. Jésus nous donne ici, une école de prière. Il répond à la demande de ses disciples « apprends-nous à prier » en leur donnant cette courte mais dense prière. Pour l’intégrer il nous faut donc, la répéter.

Le Notre Père n’est pas une prière apprise par cœur, elle est, au contraire, la prière du cœur. Car elle nous permet de nous mettre dans une profonde relation avec Dieu en parlant son propre langage à lui, c’est-à-dire, le langage de l’amour, de l’intercession, de la demande et de l’action de grâce. Par quoi commençons-nous cette prière ? Par reconnaître que Dieu n’est pas seulement Dieu, mais qu’il est Père. Un père est, normalement, celui qui montre la voie, qui nous accompagne sur le chemin et qui nous donne aussi les limites et les « règles » pour que nous puissions grandir en liberté. Il est Père. Et c’est parce qu’il est père qu’il se laisse toucher. Dans la première lecture nous voyons Abraham qui intercède pour les villes de Sodome et Gomorrhe. L’attitude d’Abraham nous laisse entrevoir que Dieu est capable même de changer son projet grâce à notre intervention auprès de Lui.

Reconnaître la paternité de Dieu c’est reconnaître aussi que nous pouvons être en relation avec Lui. Mais cette relation exige une juste distance. Le fils, n’est pas le père, et le père n’est pas le fils. Chacun doit savoir qui est l’autre pour que la relation soit véritable, profonde et féconde.  C’est pour cela que les deux premières demandes que nous faisons sont « que ton nom soit sanctifié » et « que ton règne vienne ». Pourquoi dit-on « que ton nom soit sanctifié » ? Dieu n’est-il pas saint ? Ce que nous demandons, en réalité, c’est qu’il se fasse reconnaitre comme Dieu. C’est que chacun de nous puissions le reconnaître comme Dieu. Mais toujours avec cette certitude que ce n’est pas un Dieu distant, justicier ou manipulateur. Mais un Dieu qui est père, qui veut être en relation et qui se laisse toucher. Un Dieu qui se laisse toucher par nos difficultés, nos souffrances, nos blessures, nos fragilités. Un Dieu qui se laisse toucher par notre désir d’aimer, de nous donner et de faire le bien. Un Dieu qui se laisse toucher par notre humanité. Et c’est pour cela que nous pouvons demander alors « que ton règne vienne ». Car le règne de Dieu commence par sa présence réelle dans nos vies. Parler la langue de Dieu c’est alors reconnaître sa présence, lui demander ce dont nous avons besoin, nous, mais aussi ce dont les autres ont besoin. C’est ce que nous voyons dans la deuxième partie de la prière « donne-nous », « pardonne-nous », et protège-nous (ne nous laisse pas entrer en tentation). Ainsi, le Christ nous rappelle que nous sommes une seule et même famille. Que nous avons le devoir de nous soucier les uns des autres, tant des biens matériels comme spirituels. Jésus nous rappelle que cette relation avec le Père, qui passe par lui, est une invitation à l’ouverture du cœur et à mettre Dieu au cœur même de notre vie. C’est pour cela que la prière du Notre Père est une école de prière car elle nous donne la pédagogie pour vivre cette relation avec le Seigneur. Et en même temps elle nous apprend à parler la même langue que Dieu. Dieu se laisse toucher par ce que nous vivons, par ce que nous portons en nous, par ce que nous sommes. Et nous pouvons nous mettre en face de Lui comme un enfant en face de son père, ou comme un ami face à son ami ! Et pour nos luttes quotidiennes, pour nous rappeler son langage d’amour, il nous envoie, si nous lui demandons, son Esprit Saint. Qui nous donne la force d’être disciples, serviteurs, mais surtout, qu'il nous revigore et nous donne la force d’aimer.

Entrons dans cette école du Père. Demandons-lui de nous donner la force d’avancer, de continuer. La force d’intercéder pour ceux qui sont dans le besoin. La force d’aimer, de pardonner et surtout, la force pour laisser Dieu être Dieu dans nos vies.

Abraham nous a montré un Dieu qui se laisse toucher. Jésus nous révèle ce Dieu qui est Père et qui nous donne son Esprit Saint. Et si nous nous laissions alors toucher par ce Dieu qui veut nous transformer ? N’ayons pas peur de demander ! Mais ayons le courage d’accepter que « sa volonté soit faite » sur la terre qui est notre cœur. Ainsi, nous savons, qu’avec Dieu, nos problèmes ne sont pas résolus par un coup de baguette magique, mais comme il est Notre Père, nous savons que nous ne les vivons plus tout seuls, mais nous les vivons avec lui.

(Gn 18, 20-32 ; Ps 137 ; Col 2, 12-14 ; Lc 11, 1-13)

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