Homélie pour le 2ème dimanche du Temps Ordinaire | Année A | 2026

L’Évangile d’aujourd’hui nous replace au cœur de la scène du baptême de Jésus, mais sous un autre angle et avec une autre perspective. Dimanche dernier, à partir du récit de Matthieu, nous avons contemplé le baptême avec tous les regards tournés vers Jésus. Aujourd’hui, le récit de l’évangéliste Jean nous met devant le témoignage d’un autre Jean, Jean le Baptiste. Ici, l’acte du baptême est supposé avoir déjà eu lieu auparavant, et ce qui a été vu et vécu devient maintenant témoignage.

Jean attendait le Messie, le Sauveur qui devait venir. Prophète, il l’annonçait et exhortait ses contemporains à préparer leur cœur par une conversion sincère. Et lors de cet événement au Jourdain, quelque chose change profondément : Jean ne se contente plus d’attendre, il voit. Et avant même de proclamer l’accomplissement de la promesse, il s’écrie : « Voici l’Agneau de Dieu. » Par le baptême au Jourdain, Jésus assume pleinement notre humanité et, en l’assumant, il la conduit vers le salut, qui passera par sa mort et culminera dans la résurrection.

La figure de l’agneau est riche de sens. Elle évoque la douceur, la docilité, l’obéissance. Dans l’univers de la foi du peuple d’Israël, l’agneau était l’animal du sacrifice d’expiation et de communion. Appeler Jésus l’Agneau de Dieu, c’est affirmer qu’en lui s’accomplissent et se concentrent toutes les figures de l’Ancien Testament : il est l’innocent qui s’offre dans l’obéissance au Père, le sacrifice qui enlève le péché du monde. L’Évangile ne parle pas des « péchés » au pluriel, mais du « péché » au singulier : ce refus radical de la vraie connaissance de Dieu, racine de toute rupture et de toute transgression. Et celui qui enlève le péché ne peut être autre que Dieu lui-même venant à notre rencontre.

Comme nous l’avons dit, Jean, qui auparavant attendait, voit maintenant. Il voit le Verbe de Dieu, la Parole. Il voit l’Esprit descendre comme une colombe du ciel et demeurer sur Jésus. Le même Esprit qui, à la création, planait sur les eaux, descend maintenant sur Jésus et demeure sur lui. Jean voit, et la promesse annonçait que sur le Messie reposerait l’Esprit du Seigneur. Il voit et il reconnaît. La Parole créatrice se manifeste, elle transforme et donne sens à tout ce que nous vivons et traversons. Ainsi, de prophète, Jean devient témoin. Et par son témoignage, Jean, la voix qui crie dans le désert, donne voix à la Parole. Dans cette rencontre, le désert de l’attente cède la place à l’accomplissement de la promesse. Et ce que Jean voit peut enfin être proclamé : « Celui-ci est le Fils de Dieu. » Jean trouve la plénitude de sa soif, qui était une soif de Dieu. Sa mission s’achève. Celle de Jésus commence.

Jean est la figure de celui qui a soif de Dieu, qui désire Dieu, qui sait attendre, mais qui apprend aussi à comprendre, à voir et à accueillir la Parole avant de la proclamer. Dans notre chemin de foi, Jean peut devenir pour chacun de nous un compagnon de route, qui nous aide à voir et à reconnaître la présence de l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Peut-être est-ce là l’invitation que la liturgie d’aujourd’hui adresse à chacun de nous : attendre avec patience la visite du Seigneur et, dans cette attente, apprendre à comprendre, à voir et à accueillir sa Parole. Mais non pas pour rester immobiles, mais pour témoigner.

Le témoignage naît de l’accueil de la Parole et de la vie partagée avec elle. Lorsque cela se produit, nous sommes transformés, car nous reconnaissons son action, même discrète et silencieuse, au cœur de notre histoire. Et ainsi, nous pouvons annoncer par notre vie et par nos paroles que lui, le Christ, continue de passer sur notre chemin, venant à notre rencontre pour étancher notre soif la plus profonde.

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