HOMÉLIE DU 1er DIMANCHE DU CARÊME – Année A

De la création à la désobéissance. Du jardin au désert. Du désert au salut. Nous pourrions ainsi résumer la liturgie de la Parole d’aujourd’hui. Mais entre chaque réalité évoquée se trouvent la réalité humaine et la volonté de Dieu. Nous avons été créés « pour honorer et adorer le Seigneur ». Création venue de la poussière de la terre, qui a reçu la vie par le souffle de Dieu. Une créature libre, qui choisit de désobéir. Pourquoi ? Parce qu’elle préfère posséder et refuse le don. Le grand drame d’Adam et Ève est celui-ci : vouloir posséder et refuser le don.

Ainsi, le temps du Carême est ce « moment favorable » pour nous rappeler que nous devons lutter pour ne pas oublier que ce qui donne sens à ce que nous vivons n’est pas ce que nous possédons, mais ce que nous offrons. C’est précisément ce que Jésus nous montre en vainquant les tentations dans le désert : il refuse de posséder pour pouvoir, librement, se donner.

C’est là, dans le désert, que se livre le combat entre Jésus et le diable. Le diable est celui qui divise, comme il a divisé dans le jardin d’Éden. Et il commence par essayer de semer le doute dans le cœur de Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu… » Jésus sait qu’il l’est, et plus encore, il est le « Fils bien-aimé du Père ». Il est celui qui restaure la communion, qui sera définitive au sommet de la Croix et par sa résurrection.

Si, au commencement, l’homme se montre fragile et avide, en Christ il nous est donné une nouvelle chance : notre relation avec Dieu est restaurée. Mais nous devons choisir, décider.

Dans ce chemin que nous commençons, nous rencontrons nos propres limites, nos résistances, nos peurs et nos fatigues. C’est précisément là que nous pouvons aussi être tentés d’abandonner. Quelle doit être notre motivation la plus profonde ? Jésus, Dieu fait homme, qui a traversé notre humanité, affronté la souffrance et la mort pour nous conduire à la résurrection.

Nous voyons dans l’Évangile que le diable s’approche lorsque Jésus « eut faim », dans un moment apparent de fragilité. Il en est de même pour nous. Nous sommes tentés lorsque nous nous sentons fragiles. Lorsque nous nous éloignons de Dieu, lorsque nous doutons de sa présence. Lorsque nous nous excluons ou excluons les autres.

Et qu’est-ce qui nous fait résister ? La certitude de qui nous sommes et notre décision de « choisir Dieu », parce que nous sommes libres. La certitude de qui nous sommes nous permet de demeurer. Jésus affronte dans le désert ce que nous aussi nous pouvons vivre. Dans chaque tentation, c’est notre relation aux choses, aux autres et à Dieu qui est en jeu.

Au fond, la question qui nous est posée est la suivante : que choisissons-nous réellement ? La satisfaction immédiate ou nous nourrir de la Parole de Dieu ? La présomption de vouloir que Dieu fasse notre volonté, ou entrer dans l’école de l’humilité et de l’obéissance ? Le désir de pouvoir et de domination, ou la fidélité à l’appel de Dieu ?

Jésus rejette chacune des tentations et manifestera son véritable pouvoir au sommet de la Croix, où il règne par l’amour et le don de soi. Là, il « rachète » la liberté humaine, perdue en Adam, et la rend à chacun de nous. Là, nous cessons d’être esclaves. Nous devenons libres, dans son amour.

Le diable (le diviseur) perd la bataille parce que Jésus restaure le don de soi comme lieu d’accomplissement de la volonté de Dieu. Car le tentateur a oublié que les promesses de Dieu sont de l’ordre de l’amour et ne peuvent être reçues que comme un don. L’amour ne s’exige pas, ne domine pas : il se reçoit.

Nous aussi, nous avons nos déserts. Nous menons nos combats intérieurs. Nous sommes aussi tentés de vouloir trop posséder, de vouloir contrôler l’autre. Peut-être même de vouloir de Dieu des réponses immédiates, en exigeant des signes, dans l’impatience.

Le désert n’est pas seulement un lieu de privation. C’est un lieu de décision. C’est un lieu de don. C’est un lieu de rencontre. C’est là que nous apprenons à redevenir des fils.

Rappelons-nous : le jardin est devenu lieu de rupture. Le désert est devenu lieu de rencontre. Et n’oublions pas que les promesses de Dieu sont de l’ordre de l’amour et ne peuvent être reçues que comme un don. L’amour ne s’exige pas, ne domine pas : il se reçoit.

Traversons avec courage notre désert. Le Christ le traverse avec nous. Décidons de choisir Dieu !

Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7 ; Ps 50 (51) ; Rm 5, 12-19 ; Mt 4, 1-11

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