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Homélies, toutes les semaines (ou presque) et d'autres réflexions, quand je peux!

Homélie pour la nuit de Noël 2021

|Is 9, 1-6 ; Ps 95 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14|

« Et elle mit au monde son fils, premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » … car il n’y avait pas de place pour eux… je me suis toujours demandé si les gens qui étaient dans cette salle commune étaient si indifférents, au point de voir une femme enceinte et de ne pas lui faire une place pour qu’elle puisse y entrer et se reposer. Quel genre de personne serait capable d’être indifférent à une scène pareille ? Sincèrement, je ne crois que pas ces gens-là étaient méchants. Mais alors pourquoi l’évangéliste nous précise qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ?

Souvenons-nous du contexte : l’empereur Auguste a ordonné que tout le pays soit recensé, et que les gens aillent dans leur ville d’origine. Bethleem était une toute petite ville qui, du jour au lendemain, se retrouvait prise d’assaut par tous ceux qui devait y faire cette démarche. Nous pouvons aisément imaginer que la ville était pleine. Que les gens étaient accueillis de partout et, effectivement, il n’y avait plus de place dans les maisons. Nous pouvons ainsi imaginer que le non-accueil de Marie et Joseph était vraiment parce que cela était impossible. Les gens ont fait ce qui était juste à leurs yeux : il n’y a plus de place. Nous sommes désolés…

La suite du récit nous émeut profondément : Marie donne naissance à Jésus dans un lieu où couchait les bêtes et dépose son enfant dans la mangeoire. Le geste justifié de ceux qui étaient dans la salle commune, engendre alors le geste précipité de ceux qui attendaient l’enfant et donc, la précarité de son arrivée dans le monde. D’un côté nous touchons la limite , d’un autre, le débordement.

La limite que nous touchons est celle de la loi. L’ordre donnée était celle que tous puissent être recensés, sa limite, d’après ce que nous pouvons déduire, c’est que les villes n’étaient pas capables d’accueillir tout le monde. Et le débordement, en revanche, est celui de l’amour. Manifesté par la naissance de celui qui est, dans la nuit, la lumière du monde.

Ce que nous pouvons nous poser comme question c’est : en quoi tout cela nous concerne, aujourd’hui ?  Une histoire de salle commune pleine et de la naissance d’un enfant. Cela nous concerne aujourd’hui parce que la naissance de Jésus est véritablement un tournant dans l’histoire et dans la compréhension entre : ce qui est fait parce que c’est juste et ce qui est fait par amour. La justice c’est faire ce qui doit être fait, et c’est bien ; l’amour, c’est aller au-delà de ce qui doit être fait par don de soi. Faire ce qui est juste c’est bien souvent, rester en retrait pour ne pas s’en mêler. Aimer, c’est donner de soi à l’autre et pour l’autre. Et voilà la révolution de la venue du Christ dans le monde. Dieu a voulu s’en mêler de notre histoire. Il a voulu nous donner le signe le plus tangible de son amour : lui-même. Et par sa venue dans le monde, aucune réalité humaine lui est inconnu. Et lui, il n’est indifférent à aucune des réalités humaines. Il ne peut pas être indifférent à ce que nous vivons, chacun, puisqu’il sait et il connait. Le cœur même de notre foi est l’amour (ou charité) manifesté dans chaque chose que nous faisons. Mais il ne s’agit pas ici d’un amour puéril ni d’un sentiment. Mais d’un amour… juste. Celui qui se donne et qui transforme notre cœur.

Comment voulons-nous quitter cette église ce soir ?  Quelles salles communes de nos vies sont pleines et nous empêchent de vivre pleinement cet amour ? Et si cette nuit de Noël était pour nous la nuit où le pardon viendrait alléger notre cœur ; où la bienveillance viendrait décharger notre fardeau ; où la compassion serait notre feuille de route ? Et si cette nuit était pour nous une occasion de commencer à laisser ici, dans cette mangeoire, tout ce qui nous empêche de poser de vrais gestes d’amour : notre orgueil, nos peurs, nos individualismes, notre auto-suffisance… et ainsi, nous tourner vers l’autre avec tendresse et confiance ? Et si cette nuit était pour nous la nuit où nous donnions une véritable place au Christ dans notre vie ? Avec tout ce que cela implique : accueil, fraternité, relation, simplicité, pardon, vie, résurrection… car, avec le Christ, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. »

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