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Homélies, toutes les semaines (ou presque) et d'autres réflexions, quand je peux!

Homélie pour le Jeudi Saint | Année C | 2022

| Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15|

Ce soir nous entrons dans cette séquence qui ressemblerai à une œuvre théâtrale digne d’un grand auteur. Une œuvre en trois actes : 1/ la mise en place du décor avec les éléments essentiels de la narration (jeudi saint) ; 2/ le drame à son apogée pour attirer les regards et toucher les cœurs (le vendredi saint) ; 3/ le grand finale inattendu et poignant qui laisse le spectateur émerveillé et avec le sentiment qu’il vient de témoigner la naissance d’un chef d’œuvre (la veillée pascale) ! Mais même si cela y ressemble, nous ne sommes pas au théâtre. Nous sommes au cœur de la vie de l’humanité et de son histoire.

Les trois jours que nous avons devant nous nous ferons passer de la dernière cène de Jésus avec ses disciples, à son dernier souffle sur la croix pour arriver au souffle nouveau qui nous sera offert par sa résurrection. Ce soir, dans ce premier acte, nous sommes amenés à contempler le Christ, Dieu fait homme, qui laisse à ses amis le témoignage le plus noble de l’amour : celui qui se donne, qui se met au service et qui aime jusqu’au bout. Si dans la première lecture Dieu est passé pour prendre la vie des premiers nés, ici, dans l’évangile, Dieu passe en se mettant à genoux face à ses disciples pour leur laver les pieds. Si dans l’ancienne alliance le peuple voulait un Dieu qui se venge, ici, dans la nouvelle Alliance, Dieu montre son vrai visage : celui de l’amour, de la miséricorde et du pardon.

Un ami qui trahi, un dernier repas, un geste bouleversant et un commandement nouveau… nous sommes au cœur de cet événement qui a ouvert les rideaux du moment ultime qui scella pour toujours la nouvelle Alliance entre Dieu et son peuple. Dans ce premier acte, où Dieu pourrait être assimilé à la fois à l’auteur et à l’interprète, le personnage principal est l’humanité. C’est chacun de nous. Nous sommes mis au cœur même de notre vie, de ses drames et ses désirs. Et dans tout ce qui fait notre vie humaine, nous attendons secrètement, l’évènement qui fera tout basculer, le moment où nous allons trouver toutes les réponses à nos questions… et nous sommes bien souvent déçus. Alors que dans ce passage d’évangile, le Christ nous donne justement la réponse. Il ne s’agit pas d’attendre que les choses arrivent, mais de se mettre au service « c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » Il ne s’agit pas de vouloir que le monde se conforme à nos besoins, mais devenir un signe d’amour pour le monde « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. » Il ne s’agit pas de vouloir tout maîtriser ou savoir « tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » , mais plutôt d’être en attitude d’accueil, tenue de service et don de soi. En rentrant chez nous ce soir, en suivant le Christ dans sa Passion jusqu’à sa résurrection, quel genre de chrétien voulons-nous être ? Un chrétien médiocre qui se cache dans les coulisses et qui ne désire que recevoir, ou un chrétien à part entière, qui, à l’image de son Maître, s’abaisse, non pour s’humilier, mais pour servir ?

Nous sommes bien plus que spectateurs de l’œuvre de Dieu dans le monde. Nous en sommes participants. Nous participons à sa vie divine. Nous participons à son œuvre d’amour. Nous recevons son Corps et son Sang, non pour nous sentir à part, mais pour faire grandir le corps que nous formons et nous donner à notre tour. Ce soir nous suivons le Christ vers le drame de sa Passion. Et nous avons le privilège de savoir comment cela va finir. Ce soir, nous allons revivre ce geste du lavement des pieds. Nous allons rendre grâce pour le don de l’Eucharistie. Et qu’est-ce que ça change dans notre vie ? Vraiment, profondément ? Ce soir encore, Dieu passera au milieu de nous. Est-ce que nous nous laisserons toucher par sa présence, discrète ? Est-ce que nous voulons entrer dans la logique de ce monde nouveau inauguré par le Christ : celle de l’amour. De cet amour qui aime jusqu’au bout ? Peut-être que nous nous sentons bien incapables de le vivre, cet amour. Et nous le sommes, si nous sommes tous seuls. Le Christ a ouvert pour nous les rideaux de l’éternité pour que nous puissions jouer la pièce la plus importante de l’histoire : notre vie ! Cette vie qui est renouvelée par la sienne. Cette vie qui n’a de sens que si elle se donne, que si elle se met au service du plus fragile, du plus petit, du plus vulnérable. Et nous sommes en quelque sorte, chacun de nous, fragiles, petits et vulnérables. C’est pour cela que le Christ est venu. C’est pour cela qu’il nous a aimé et qu’il nous aime « jusqu’au bout. »

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