homélie du 1er dimanche du temps de l'Avent

Il y a quelque temps, quelqu’un m’a confié cette phrase surprenante: « l’éternité est dans le passé. » Cette remarque m’a interpellé, car nous imaginons spontanément l’éternité comme quelque chose tourné vers l’avenir, comme un horizon lointain. Pourtant, l’avenir ne nous appartient pas : dès que nous pensons l’avoir rejoint, il est déjà devenu présent. Et lorsque le présent passe — et il passe vite — il devient passé.

Ainsi, le sens véritable de notre vie se joue dans le « maintenant », dans ce présent que Dieu nous offre et dans lequel Il nous rejoint. Ce que nous choisissons aujourd’hui façonne notre passé, et d’une certaine manière, notre passé est tissé de nos présents vécus.

Mais que signifie tout cela pour ce que nous célébrons en ce premier dimanche de l’Avent ?
La liturgie nous ouvre aujourd’hui au mystère de Dieu qui entre dans notre temps. Elle ravive la mémoire de ce que le Seigneur a déjà accompli, éclaire ce que nous vivons maintenant et ouvre en nous l’attente confiante de ce que nous espérons encore.

Deux affirmations structurent tout le temps de l’Avent :
Jésus est venu. Jésus reviendra.
Entre ces deux venues, nous sommes appelés à vivre un présent habité, nourri par la grâce reçue et orienté vers la promesse qui vient.

Ce qui fut accompli dans le passé nourrit notre foi aujourd’hui et nous place dans une attitude d’espérance active. Une espérance qui n’est ni stérile, ni anxieuse, mais vivante. Car même si elle regarde l’avenir, elle se vit ici et maintenant. L’éternité que nous attendons se goûte déjà dans le présent, parce que le Christ est entré dans notre histoire et qu’Il y demeure.

Toutes les lectures de ce jour convergent vers cette réalité.
Isaïe nous invite à marcher « à la lumière du Seigneur », annonçant la venue de Celui qui conduira son peuple dans la paix.
Saint Paul, quant à lui, nous exhorte : « C’est l’heure de vous réveiller », de revêtir les armes de la lumière, c’est-à-dire, le Christ Lui-même.

Passé — accomplissement des promesses ;
Présent — éveil à la lumière du Christ.
Ces deux dimensions se rejoignent pour ouvrir notre cœur à l’avenir de Dieu.

Dans l’Évangile, Jésus nous parle de sa venue inattendue. Une venue qui surgira au cœur même de notre vie quotidienne. Non pour nous effrayer, mais pour purifier notre regard, pour nous rappeler que la véritable vigilance consiste à vivre pleinement le présent.

« Veillez », nous dit Jésus.
Veiller, ce n’est pas attendre dans la peur ;
c’est reconnaître que chaque instant peut être habité par sa présence.
C’est orienter notre vie vers Lui par des choix concrets, par l’amour fraternel, par la fidélité dans les petites choses.

Veiller, c’est assumer la réalité telle qu’elle est, avec intelligence, lucidité et responsabilité. Ce n’est pas tout accepter ni se résigner, mais vivre en enfants de la lumière : aimer avec justice, agir avec charité, marcher humblement avec Dieu.

Frères et sœurs,
le jugement dont parle Jésus n’est pas une menace, mais la révélation de ce que nous aurons choisi. Et nos choix, jour après jour, construisent l’éternité qui s’inscrit déjà dans notre histoire.

L’éternité est dans le passé, parce qu’elle naît de nos décisions du présent.
Alors, en ce début d’Avent, quelle route choisissons-nous ?
Que décidons-nous aujourd’hui ?

Puissions-nous accueillir ce temps béni comme une occasion renouvelée de choisir le Christ.
Et que ce choix se manifeste dans des gestes simples, concrets, fraternels — les signes de l’espérance que Dieu fait grandir en nous.

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